{"id":68,"date":"2010-12-10T16:41:58","date_gmt":"2010-12-10T16:41:58","guid":{"rendered":"https:\/\/mimesis.fr\/?page_id=68"},"modified":"2010-12-11T21:38:22","modified_gmt":"2010-12-11T21:38:22","slug":"publications","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/mimesis.fr\/?page_id=68","title":{"rendered":"Publications"},"content":{"rendered":"<h1><em>1\/ <\/em><span style=\"color: #a16f5d;\">Une vie de Zinc<\/span> Le bar, ce lien social qui nous unit<\/h1>\n<p><strong><em>Lancement 30 septembre 2010<\/em><\/strong><em><strong>. <\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em> A  partir d&rsquo;une \u00e9tude  approfondie, Josette Hal\u00e9goi et Rachel Santerne  d\u00e9cryptent le r\u00f4le  capital que joue le bar en France : cr\u00e9ateur de lien  social pour les  clients et tremplin social et professionnel pour leur  patron.<\/em><\/p>\n<p><strong>Ecrit<\/strong> par Josette Hal\u00e9goi et Rachel Santerne<strong><br \/>\nPhotos<\/strong> de Fabrice Dimier<strong><br \/>\nPr\u00e9face<\/strong> de Vincent de Gaulejac<strong><br \/>\nEditions<\/strong> Le cherche-midi<\/p>\n<p><em><strong>Pr\u00e9face Vincent de Gaulejac<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Une ville sans bistrots, c&rsquo;est une ville sans rencontre\u00a0\u00bb nous dit Bernard Frank. Cit\u00e9 en exergue, ce propos illustre parfaitement le projet d&rsquo;un ouvrage qui nous emm\u00e8ne \u00e0 la rencontre des patrons de bars. \u00c0 l&rsquo;encontre de biens des id\u00e9es re\u00e7ues, cette promenade nous invite \u00e0 visiter une galerie de portraits qui illustrent la pluralit\u00e9 des trajectoires \u00ab\u00a0hypermodernes\u00a0\u00bb, l\u00e0 o\u00f9 la reproduction sociale est prise en d\u00e9faut par des parcours singuliers et atypiques. Entre insertion professionnelle et revanche sociale, entre fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses origines sociales et ruptures de transmissions, entre mod\u00e8le entrepreneurial et moyen d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la routine d&rsquo;un travail peu gratifiant, entre reconversion professionnelle et tremplin pour une r\u00e9ussite future, les choix qui pr\u00e9sident \u00e0 l&rsquo;installation comme patron de bars sont multiples. Il n&rsquo;y a pas de mod\u00e8les en la mati\u00e8re mais une collection d&rsquo;itin\u00e9raires qui influencent la fa\u00e7on dont cette fonction sociale va \u00eatre habit\u00e9e, cultiv\u00e9e, construite, r\u00e9invent\u00e9e \u00e0 chaque fois. Parce tenir un bar, ce n&rsquo;est pas seulement une activit\u00e9 commerciale, c&rsquo;est une v\u00e9ritable institution sociale, cr\u00e9atrice de liens, de convivialit\u00e9, un support essentiel de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00eatre ensemble\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>Les bars sont des lieux de rencontre entre des hommes, le plus souvent, mais aussi entre des femmes, des couples. Ils cristallisent une fa\u00e7on de \u00ab\u00a0faire soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Ils sont pour une part la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re, pour reprendre une expression d&rsquo;Edgar Morin \u00e0 propos de la complexit\u00e9 lorsqu&rsquo;il nous dit que le tout est dans la partie. Les bars sont l&rsquo;incarnation d&rsquo;une multitude de petites soci\u00e9t\u00e9s qui s&rsquo;inventent tous les jours. On y vient pour partager ses \u00e9mois, ses esp\u00e9rances, les vicissitudes de la vie quotidienne, les grandes id\u00e9es pour changer le monde.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Cr\u00e9ateur de lien social\u00a0\u00bb, le bar est un lieu particulier, interm\u00e9diaire entre l&rsquo;espace public et l&rsquo;espace priv\u00e9. Ouvert \u00e0 tous, il est pour beaucoup un lieu familier o\u00f9 se nouent des relations singuli\u00e8res qui tranchent avec les autres relations, familiales, amicales, professionnelles, par leur caract\u00e8re \u00e0 la fois \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et continu, \u00e9pisodique et quotidien. On y \u00e9change des \u00e9motions et des opinions, parfois des confidences, avec d&rsquo;autres, connus et inconnus, dans une intimit\u00e9 ouverte, un cadre protecteur, une familiarit\u00e9 anonyme, qui offrent une libert\u00e9 d&rsquo;expression. Il repr\u00e9sente un espace transitionnel singulier comme un refuge, pour \u00e9chapper aux tensions familiales ou professionnelles ; une \u00ab\u00a0maison bis\u00a0\u00bb, pour compl\u00e9ter et ouvrir l&rsquo;espace familial, un lieu de respiration, pour souffler un peu avant de retrouver l&rsquo;air parfois confin\u00e9 des espaces domestiques ; mais aussi une \u00ab\u00a0maison communale\u00a0\u00bb, o\u00f9 se traite les affaires de la cit\u00e9, lieu d&rsquo;exercice d&rsquo;une citoyennet\u00e9 informelle, lieu primaire de la vie d\u00e9mocratique. On peut y d\u00e9battre \u00e0 volont\u00e9 sur les choses du monde, se livrer \u00e0 des joutes politiques infinies, d\u00e9cliner mille conjugaisons sur les affaires du moment. Le bar prolonge le jounal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 en offrant une reprise imm\u00e9diate des informations qui vont \u00eatre comment\u00e9es \u00ab\u00a0in live\u00a0\u00bb, \u00e9valu\u00e9es et sous-pes\u00e9es dans une cacophonie souvent revigorante alliant l&rsquo;intelligence du sens commun \u00e0 la d\u00e9magogie la plus faconde.<\/em><\/p>\n<p><em>Le bar est un des socles institutionnels de la soci\u00e9t\u00e9. Sans pr\u00e9tention ni formalisme, il incarne une fonction sociale indispensable sur diff\u00e9rents plans. Il est un lieu d&rsquo;apaisement o\u00f9 l&rsquo;on peut s&rsquo;\u00e9pancher pour panser les petites et les grandes blessures de l&rsquo;existence. Il est un espace relationnel pour partager les pots de l&rsquo;amiti\u00e9, prot\u00e9ger les amours clandestines et accueillir les rencontres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Il sert de lieu d&rsquo;accueil et d&rsquo;insertion pour les bless\u00e9s de la vie, les exclus qui n&rsquo;ont plus d&rsquo;autres \u00ab\u00a0patries\u00a0\u00bb, tous les \u00ab\u00a0sans quelque chose\u00a0\u00bb (papier, domicile, affection, famille, boulot\u2026). Il est enfin un lieu de rencontre, prolongement du stade, du lyc\u00e9e, de la mairie et\/ou de l&rsquo;\u00e9glise, o\u00f9 l&rsquo;on peut c\u00e9l\u00e9brer quelques c\u00e9r\u00e9monies la\u00efques et organiser des f\u00eates collectives.<\/em><\/p>\n<p><em>Lieu pluriel, multifonctionnel, polys\u00e9mique, il exige de la part de ceux qui les g\u00e8rent des comp\u00e9tences et des qualit\u00e9s singuli\u00e8res. G\u00e9rer un bar, ce n&rsquo;est pas seulement s&rsquo;occuper d&rsquo;une entreprise, d\u00e9velopper un commerce, faire des affaires en attirant le maximum de clients. C&rsquo;est surtout s&rsquo;occuper d&rsquo;un monde, s&rsquo;occuper du monde : accueillir, discuter, accompagner, recadrer ceux qui d\u00e9rivent, \u00e9couter ceux qui ont besoin de parler, r\u00e9guler les \u00e9changes plus ou moins vifs, recevoir des confidences, animer des ambiances, mettre en harmonie des attentes diverses, mais aussi savoir remettre de l&rsquo;ordre quand les esprits s&rsquo;\u00e9chauffent. Le bar est un lieu de vie dont le patron est le garant, le meneur, l&rsquo;animateur, l&rsquo;inspirateur. Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;autre formation pour cela que l&rsquo;\u00e9cole de la vie. Les comp\u00e9tences ne font pas l&rsquo;objet d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e9tabli si ce n&rsquo;est qu&rsquo;il faut avoir le go\u00fbt des autres, une certaine ardeur au travail et ne pas chercher \u00e0 \u00e9conomiser son temps.<\/em><\/p>\n<p><em>L&rsquo;ouvrage de Josette Halegoi et Rachel\u00a0 Santerne nous fait d\u00e9couvrir un univers mal connu. La d\u00e9couverte d&rsquo;un\u00a0 m\u00e9tier \u00e0 partir des histoires de vie de ceux qui l&rsquo;exercent est une d\u00e9marche pr\u00e9cieuse. D&rsquo;autant que la m\u00e9thode retenue par les auteures est totalement in\u00e9dite. Elles ont en effet invit\u00e9 une vingtaine de patrons, \u00e0 travailler pendant trois jours sur leur roman familial et leur trajectoire sociale. Il s&rsquo;agissait de groupes d&rsquo;implication et de recherche qui consistent \u00e0 explorer, dans une d\u00e9marche \u00e0 la fois individuelle et collective, les histoires de chacun, ses origines familiales, ses choix et ses ruptures de l&rsquo;existence, sa trajectoire professionnelle. L&rsquo;objectif est d&rsquo;explorer l&rsquo;articulation entre, d&rsquo;une part, les \u00e9l\u00e9ments objectifs et sociaux et, d&rsquo;autre part les \u00e9l\u00e9ments subjectifs et personnels dans le choix de ce m\u00e9tier. Il fallait des circonstances bien particuli\u00e8res pour que des patrons acceptent de se livrer ainsi, souvent avec beaucoup d&rsquo;\u00e9motions. Dans ce m\u00e9tier, le parler de soi n&rsquo;est pas monnaie courante. On \u00e9coute les autres mais on se livre peu. La d\u00e9marche adopt\u00e9e par les auteurs s&rsquo;av\u00e8re pertinente. Elle nous donne \u00e0 voir des motivations insoup\u00e7onn\u00e9es, des parcours insolites, des trajectoires inattendues. Elle permet de comprendre que, derri\u00e8re les choix professionnels, sont \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre des choix existentiels qui sont au fondement des identit\u00e9s professionnelles et de ce qui fait la richesse de cette activit\u00e9 singuli\u00e8re.<\/em><\/p>\n<p><em>Mais son plus grand m\u00e9rite est, sans doute, qu&rsquo;il nous donne envie d&rsquo;aller boire un coup au zinc, de rencontrer leurs \u00ab\u00a0patrons\u00a0\u00bb, de retrouver les \u00ab\u00a0br\u00e8ves de comptoirs\u00a0\u00bb et les flots d&rsquo;humanit\u00e9 qui en parfument l&rsquo;atmosph\u00e8re.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Vincent de Gaulejac<\/strong> &#8211; Mars 2010<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #333399;\"><strong> <\/strong><\/span><\/a><a href=\"https:\/\/mimesis.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/ZincDos.pdf\"><\/a><a href=\"https:\/\/mimesis.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/VieDeZinc4emeCouv.pdf\">VieDeZinc4emeCouv<\/a><\/p>\n<h1><em><em>2\/<\/em><\/em><span style=\"color: #888888;\"> Se lib\u00e9rer de son pass\u00e9 \u00ab\u00a0J\u2019ai suivi un s\u00e9minaire de constellations familiales\u00a0\u00bb.<\/span><\/h1>\n<p><em>Article paru \u00a0dans le magazine Psychologies du mois de d\u00e9cembre 2010<\/em><span style=\"color: #000000;\">. Par M. Chemin.<\/span><\/p>\n<p><strong>Secrets de famille, exclusions, deuils non-faits \u2026 Nous payons parfois les dettes de nos a\u00efeux. Des loyaut\u00e9s invisibles, transmises d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, qui peuvent nous emp\u00eacher de rencontrer notre v\u00e9ritable potentiel. \u00c0 l\u2019occasion de la venue en France de la psychanalyste argentine Mabel Meschiany, sp\u00e9cialiste de psychog\u00e9n\u00e9alogie clinique, notre journaliste a suivi un stage de deux jours. R\u00e9cit d\u2019une exp\u00e9rience riche en r\u00e9v\u00e9lations.<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chacun de nous est en tension entre deux forces\u00a0: \u00eatre soi-m\u00eame, trouver son propre chemin de vie\u00a0; et \u00eatre, au sein de sa propre famille, le maillon d\u2019une cha\u00eene mill\u00e9naire qui nous unit les uns aux autres.\u00a0\u00bb Assis en rond, le groupe \u00e9coute, attentif. Douze participantes de 25 \u00e0 65 ans, et un seul homme, Marc, qui ne semble pas moins \u00e0 l\u2019aise. Mabel Meschiany, psychologue clinicienne et psychanalyste argentine, nous parle en espagnol. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, la co-animatrice Josette Hal\u00e9goi, psychosociologue, assure la traduction. L\u2019accent chantant apporte un peu d\u2019exotisme \u00e0 cette journ\u00e9e parisienne pluvieuse. \u00ab\u00a0Un temps \u00e0 s\u2019occuper de soi\u00a0!\u00a0\u00bb remarque ma voisine avec un grand sourire. Dans ce beau et vaste loft, murs bruts et poutres apparentes, j\u2019attends la suite avec int\u00e9r\u00eat.<br \/>\n\u00ab La m\u00e9moire familiale nous influence bien plus que nous l\u2019imaginons, reprend Mabel. Ensemble, nous allons tenter d&rsquo;identifier ces loyaut\u00e9s inconscientes qui nous emp\u00eachent de choisir pleinement notre vie \u00bb Mes camarades semblent ravis et impatients. Un tour de pr\u00e9sentation m\u2019\u00e9claire\u00a0: presque tous ont d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 les constellations familiales et la plupart sont th\u00e9rapeutes. Je suis intimid\u00e9e\u2026 et perplexe\u00a0: pourquoi nous replonger dans notre cocon familial\u00a0? Il me semblait qu\u2019il fallait au contraire s\u2019en extirper pour aller vers son propre destin. \u00ab Nous appartenons \u00e0 un syst\u00e8me familial dont nous partageons l\u2019inconscient, l\u2019\u00e2me collective,\u00a0m\u2019explique Mabel. Lorsqu\u2019il conna\u00eet un d\u00e9sordre (l\u2019exclusion d\u2019un de ses membres par exemple), il se construit avec ce d\u00e9s\u00e9quilibre et le transmet aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes.\u00a0\u00bb Moi qui ai toujours consid\u00e9r\u00e9 la famille comme un nid de tensions, la perspective de m\u2019y plonger deux jours durant ne m\u2019enchante pas. M\u00eame si je veux bien admettre que ma r\u00e9ticence cache quelque chose\u2026<br \/>\nChacun doit d\u2019abord pr\u00e9ciser ce qui fait obstacle \u00e0 son accomplissement. Certains ont d\u00e9j\u00e0 parfaitement identifi\u00e9 le poids d\u2019un fant\u00f4me, \u00e0 l\u2019exemple de Marie\u00a0: \u00ab\u00a0Je sens que les femmes de ma famille portent un fardeau, et que cela m\u2019emp\u00eache de m\u2019engager dans mon couple.\u00a0\u00bb D\u2019autres, comme moi, ont des attentes plus floues. L\u2019une de mes difficult\u00e9s est que je ne tombe amoureuse. Mabel me propose donc de travailler sur ma relation avec mon dernier compagnon. J\u2019accepte, curieuse de savoir ce que peut bien faire ma famille l\u00e0-dedans.<br \/>\nPour le premier exercice, nous nous mettons par deux. Je choisis Marie. Elle me para\u00eet d\u00e9cid\u00e9e, s\u00fbre d\u2019elle. Tout ce que j\u2019aimerais \u00eatre. Chacune \u00e0 son tour, nous devons trouver la meilleure place dans le contact avec l\u2019autre. \u00ab\u00a0Mettez vous dos-\u00e0-dos, de face, proches ou \u00e9loign\u00e9s. Cherchez o\u00f9 vous vous sentez le mieux, quelles \u00e9motions vous ressentez vis-\u00e0-vis de votre partenaire,\u00bb explique Mabel. C\u2019est Marie qui commence, je suis \u00e0 sa disposition. Premi\u00e8re sensation\u00a0: j\u2019ai envie de la prendre dans mes bras. Je la sens pourtant revendicative, hostile. Il nous faut du temps pour nous apprivoiser, pour qu\u2019elle s\u2019arrondisse et se laisse aller \u00e0 la douceur. Josette Hal\u00e9goi nous guide. Elle l\u2019encourage \u00e0 parler \u00e0 son compagnon, que je repr\u00e9sente. \u00ab\u00a0J\u2019aimerais qu\u2019on baisse les armes,\u00a0\u00bb annonce Marie dans un soupir. \u00ab\u00a0Que ressent le mari\u00a0?\u00a0\u00bb me demande Josette. \u00ab\u00a0J\u2019aime \u00eatre ton repos du guerrier.\u00a0\u00bb Marie reste encore un moment dans la chaleur du c\u00e2lin, puis se d\u00e9gage, la marque de mon pull incrust\u00e9e dans la joue. \u00ab\u00a0\u00c0 qui es-tu si loyale quand tu veux faire la guerre aux hommes\u00a0?\u00a0\u00bb lui demande Josette. \u00ab Il y a une v\u00e9rit\u00e9, mais ce n\u2019est pas la tienne.\u00a0\u00bb Puis, apr\u00e8s un silence\u00a0: \u00ab\u00a0Parfois, on compense une injustice d\u2019une autre \u00e9poque, en cherchant par exemple \u00e0 r\u00e9parer le tort qu\u2019un homme a fait \u00e0 une grand-m\u00e8re. On se sacrifie pour ne pas trahir son ascendance. \u00bb Marie acquiesce, comme si elle d\u00e9couvrait une \u00e9vidence jusque-l\u00e0 cach\u00e9e.<br \/>\nC\u2019est mon tour. J\u2019ai envie de me coller \u00e0 Marie\u2026 qui s\u2019\u00e9carte. Je ressens une immense d\u00e9tresse, une terrible peur de perdre mon ex-amoureux qu\u2019elle repr\u00e9sente. Les yeux me piquent, mon c\u0153ur se serre. Nous trouvons finalement une situation confortable pour nous deux\u00a0: elle derri\u00e8re moi, les bras grands ouverts. Je me sens attendue, aim\u00e9e. \u00c7a va mieux. Nous d\u00e9briefons avec Josette. Je m\u2019\u00e9tonne de la force des \u00e9motions ressenties, mais je reste sceptique sur la transparence de l\u2019exercice. Comment \u00eatre s\u00fbre que je n\u2019ai pas influenc\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience de Marie en y projetant mes d\u00e9sirs ? Josette et Mabel me r\u00e9pondent : \u00ab\u00a0Vous n\u2019avez pas choisi de travailler ensemble par hasard\u2026 Le groupe favorise les r\u00e9sonances. Cependant, m\u00eame si vos probl\u00e9matiques sont en miroir, lorsque tu travailles pour Marie, tu fais partie de son syst\u00e8me, de son histoire.\u00a0\u00bb<br \/>\nLe temps d\u2019avaler quelques parts de pizzas, Mabel nous propose ensuite de choisir un support\u00a0pour nous repr\u00e9senter au sein de notre famille. Nous pouvons, au choix, nous dessiner au milieu des \u00e9v\u00e8nements importants\u00a0pour nous, faire un arbre g\u00e9n\u00e9alogique, ou tracer une ligne indiquant les soubresauts de notre vie et de celles de nos parents. Je choisis l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique. \u00ab\u00a0Indiquez aussi les migrations, guerres, fausses-couches, s\u00e9parations\u2026\u00a0\u00bb pr\u00e9cise Mabel. \u00ab\u00a0Entourez en vert ce qui est positif pour vous, en rouge le n\u00e9gatif. Nous cherchons les r\u00e9p\u00e9titions, les exclusions, les d\u00e9sordres\u2026\u00a0\u00bb \u00c0 m\u00eame le sol, pench\u00e9 sur une grande feuille de papier blanc, des feutres \u00e0 la main, chacun se concentre sur son \u0153uvre. Les arbres de certains sont couverts de couleurs. D\u2019autres ont des chemins de vie pleins de virages. Je constate, dans mon arbre, l\u2019apparition r\u00e9guli\u00e8re d\u2019adult\u00e8res et de loyaut\u00e9s d\u00e9\u00e7ues. Deux longues lignes de rouge, c\u00f4t\u00e9 paternel et maternel, d\u00e9ferlent sur moi. Je pense aux infid\u00e9lit\u00e9s de mon ancien compagnon, que j\u2019acceptais par peur de le perdre. Je suis amus\u00e9e par ce mim\u00e9tisme.<br \/>\n\u00ab\u00a0Maintenant, annonce Mabel, encadrez l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus traumatique, puis ce qui vous donne de la force.\u00a0\u00bb J\u2019entoure le divorce de mes parents, et mon petit fr\u00e8re, Arthur, de 9 ans mon cadet. Mabel me propose de mettre en place ma constellation familiale\u00a0: \u00ab\u00a0Choisis, dans le groupe, des personnes pour repr\u00e9senter ton p\u00e8re, ta m\u00e8re, tes deux fr\u00e8res, et le b\u00e9b\u00e9 que ta m\u00e8re a perdu en cours de grossesse. \u00bb Si je l\u2019avais \u00e9voqu\u00e9, je suis \u00e9tonn\u00e9e que Mabel en parle comme faisant partie de la famille. Puis, aux repr\u00e9sentants choisis\u00a0: \u00ab\u00a0placez-vous comme vous voulez.\u00a0\u00bb Le p\u00e8re et la m\u00e8re se mettent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, les yeux fix\u00e9s sur l\u2019enfant mort. Je ne me sens pas bien. Je vais prendre Arthur dans les bras. \u00c7a va mieux. Je le prot\u00e8ge, je suis r\u00e9confort\u00e9e. Mais Mabel pr\u00e9f\u00e8re l\u2019installer avec ma m\u00e8re. Je suis d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e, je retrouve la d\u00e9tresse \u00e9prouv\u00e9e dans le premier exercice. Arthur me dit\u00a0:\u00ab C\u2019est ma place d\u2019\u00eatre avec elle. Toi, tu es ma s\u0153ur.\u00bb Je suis en larmes. \u00ab\u00a0Et le b\u00e9b\u00e9 mort, comment se sent-il\u00a0?\u00a0\u00bb demande Mabel. \u00ab\u00a0J\u2019aimerais que tu aies des enfants et que tu t\u2019en occupes,\u00bb me dit-il. Je pleure \u00e0 gros bouillons. Mabel introduit un nouveau personnage, mon futur amoureux. \u00ab\u00a0Peux-tu aller vers lui\u00a0?\u00a0\u00bb Non, je ne peux pas m\u2019\u00e9loigner d\u2019Arthur. Mabel me souffle quelques phrases \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 la repr\u00e9sentante de ma m\u00e8re: \u00ab\u00a0Je suis ta fille. Arthur est ton fils. Et m\u00eame si cela me co\u00fbte, je te le rends.\u00a0\u00bb Je m\u2019acquitte, avec difficult\u00e9. Mabel met fin \u00e0 la constellation. Les repr\u00e9sentants s\u2019en lib\u00e8rent par une petite danse et chacun retourne s\u2019asseoir.<br \/>\nMabel nous \u00e9claire\u00a0: \u00ab\u00a0Cette constellation pr\u00e9sentait deux d\u00e9sordres: le petit fr\u00e8re mort qui n\u2019avait pas de place dans la famille\u00a0; la s\u0153ur qui prend celle de la m\u00e8re.\u00bb Puis, \u00e0 moi\u00a0: \u00ab\u00a0Tu mets tellement d\u2019\u00e9nergie \u00e0 remplir une fonction qui n\u2019est pas la tienne, que tu n\u2019en as plus pour faire ta vie.\u00a0M\u00eame si cela ne r\u00e9pond pas directement \u00e0 ton questionnement sur le couple, cela t\u2019y pr\u00e9pare.\u00bb Je suis sonn\u00e9e. Je n\u2019ai pas d\u00e9couvert d\u2019incroyables secrets, comme je l\u2019imaginais au regard de mon aversion pour les affaires familiales, mais j\u2019ai le sentiment de tout voir diff\u00e9remment. Je me consid\u00e8re d\u00e9sormais dans un engrenage, et non plus seule avec mon libre-arbitre. Les infid\u00e9lit\u00e9s dans mon arbre g\u00e9n\u00e9alogique, le couple de mes parents, l\u2019enfant mort, ma place aupr\u00e8s d\u2019Arthur, ma difficult\u00e9 \u00e0 me tourner vers un nouvel d\u2019amour\u2026 Tout cela fait sens, comme autant de pi\u00e8ces d\u2019un puzzle.<br \/>\nAux autres membres du groupe, d\u00e9sormais, de mettre leur constellation en place. Anne r\u00e9habilite une grande tante injustement exclue de la famille. Margot rend le poids d\u2019un secret \u00e0 son grand-p\u00e8re, qui l\u2019assure en retour de son amour:\u00a0\u00ab Je regarderais avec bienveillance que tu fasses ta vie et que tu sois heureuse.\u00a0\u00bb En tant que repr\u00e9sentante dans leurs constellations, j\u2019ai tour \u00e0 tour froid, chaud, des tremblements ou des larmes qui me viennent. Je m\u2019\u00e9tonne de la force de mes ressentis, de leur signification dans le syst\u00e8me d\u2019un autre, de la lumi\u00e8re finalement apport\u00e9e sur les chemins des participants.\u00a0\u00ab\u00a0Le conflit est r\u00e9solu quand les membres de la famille sont \u00e0 la bonne place, pr\u00eats \u00e0 assumer la responsabilit\u00e9 de leurs actes\u00a0\u00bb, explique Mabel. \u00ab\u00a0Alors, l\u2019\u00e9quilibre est r\u00e9tabli. Chacun peut prendre la voie de son propre destin sans craindre un retour du pass\u00e9 \u00bb Je pense aux fant\u00f4mes des contes, qui viennent hanter les vivants jusqu\u2019\u00e0 ce que leur \u00e2me soit apais\u00e9e.<br \/>\nApr\u00e8s un tour de d\u00e9briefing, Mabel met fin au stage. Je sors tourment\u00e9e de ces deux jours. Emp\u00eatr\u00e9e dans des sentiments puissants et contradictoires. Rassur\u00e9e d\u2019avoir identifi\u00e9 ce qui me retenait pour rencontrer un homme. Triste et angoiss\u00e9e de devoir abandonner ce r\u00f4le de m\u00e8re aupr\u00e8s de mon fr\u00e8re. Anxieuse, car je pressens que ces d\u00e9couvertes ne me laisseront pas indemne. Il me faudra plusieurs semaines pour apaiser la temp\u00eate qui m\u2019agite. Plusieurs r\u00eaves tumultueux, pour comprendre mieux les liens entre mon roman familial et ma vie personnelle. Et de longues journ\u00e9es d\u2019introspection pour parvenir \u00e0 traduire l\u2019exp\u00e9rience en un article. Mabel m\u2019avait pr\u00e9venue\u00a0: \u00ab\u00a0Soit patiente. C\u2019est un travail tr\u00e8s puissant, dont on ne sent pas la force tout de suite.\u00a0\u00bb<br \/>\nUn mois plus tard, les questionnements sont tranquillis\u00e9s et je sens, imperceptiblement, que quelque chose a chang\u00e9. Comme si, tr\u00e8s consciente de ma place dans le syst\u00e8me familial, j\u2019\u00e9tais plus ancr\u00e9e, et pouvais peut-\u00eatre, ainsi, m\u2019en lib\u00e9rer.<\/p>\n<h3><strong>\u00c0 lire\u00a0:<\/strong><\/h3>\n<p><strong>L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019arbre, gu\u00e9rir des m\u00e9moires familiales,<\/strong> de Maureen Boigen. \u00c9crit par la psychoth\u00e9rapeute cofondatrice de l\u2019association G\u00e9n\u00e9apsy, regroupant les praticiens de la psychog\u00e9n\u00e9alogie transg\u00e9n\u00e9rationnelle, cet ouvrage en expose clairement les concepts. Un bon outil pour s\u2019interroger sur son pass\u00e9 familial et d\u00e9nouer son histoire. (Chiron \u00e9diteur)<\/p>\n<p><strong>L\u2019histoire en h\u00e9ritage, roman familial et trajectoire sociale<\/strong> de Vincent de Gaulejac. Le sociologue \u00e9largit la psychog\u00e9n\u00e9alogie aux d\u00e9terminations sociales. Le secret de famille s\u2019enrichit de haine de classes, de honte et d\u2019envie sociale. Passionnant. (Descl\u00e9e de Brouwer)<\/p>\n<p><strong>A\u00efe, mes a\u00efeux !<\/strong> d\u2019Anne Ancelin Sch\u00fctzenberger. Dans ce best-seller, la psychanalyste \u00e0 l\u2019origine du mot \u00ab\u00a0psychog\u00e9n\u00e9alogie\u00a0\u00bb, met notamment en \u00e9vidence le syndrome d\u2019anniversaire et les non-dits d\u00e9vastateurs. (Descl\u00e9e de Brouwer)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ Une vie de Zinc Le bar, ce lien social qui nous unit Lancement 30 septembre 2010. A partir d&rsquo;une \u00e9tude approfondie, Josette Hal\u00e9goi et Rachel Santerne d\u00e9cryptent le r\u00f4le capital que joue le bar en France : cr\u00e9ateur de lien social pour les clients et tremplin social et professionnel pour leur patron. 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